DOUALA (Cameroun) - Ulrich Chomche a d’abord marqué l’histoire en devenant le premier joueur directement issu de la NBA Academy Africa à être drafté en NBA. Désormais, la Coupe du Monde 2027 nourrit chez lui l’envie d’écrire une nouvelle page d’histoire.
Le Cameroun a compté, ces dernières saisons, parmi les pays africains les mieux représentés en NBA.
Malgré les talents produits par cette nation d’Afrique centrale, le Cameroun ne s’est jamais qualifié pour la Coupe du Monde de basketball FIBA. Le pays était passé tout près d’une qualification en 2019.
"Notre pays a besoin de moments de joie" - Ulrich Chomche
Les matchs du Groupe C des Éliminatoires de la Coupe du Monde, que le Cameroun accueillera à Douala du 2 au 5 juillet, pourraient renforcer ses chances de rallier la Coupe du Monde 2027 au Qatar.
Chomche reste concentré sur son objectif d'atteindre son meilleur niveau, tout en portant les espoirs d’un pays qui continue de produire des talents de très haut niveau.
Lorsqu’on lui demande comment il aimerait que l’on se souvienne de lui, sa réponse est immédiate. "Comme quelqu’un qui a écrit l’histoire."
Aujourd’hui encore, ses pensées reviennent vers le Cameroun, avec une ambition claire : contribuer à écrire une page glorieuse de l’histoire du basketball camerounais.
Chomche veut faire partie de cette équipe capable de transformer cette ambition en réalité. Il rêve d’offrir au peuple des raisons de célébrer, pas seulement à travers le basketball, mais à travers le sport en général.
"Notre pays a besoin de moments de joie. La nation est silencieuse parce que nous n’avons pas réussi à nous qualifier pour la Coupe du Monde de football 2026. Nous savons que nous pouvons lui donner des raisons de célébrer si nous nous qualifions pour la Coupe du Monde FIBA."
Le Groupe A, dans lequel le Cameroun est logé aux côtés du Soudan du Sud, du Cap-Vert et de la Libye, reste très ouvert, avec trois équipes comptant deux victoires chacune.
Mais malgré la valeur de leurs adversaires, le pivot camerounais Ulrich Chomche se montre confiant. À domicile, il estime que les Lions ont les moyens de rester invaincus.
"Nous voulons écrire l’histoire et nous sommes Camerounais. Par nature, nous sommes confiants et nous sommes des gagnants. Nous savons ce que nous avons à faire et nous ferons tout pour y parvenir et rendre les fans heureux."
Le chemin parcouru par Chomche
Pour Chomche, 20 ans, la NBA n’est pas une ligne d’arrivée. C’est un nouveau départ.
Avant de devenir l’un des plus grands espoirs du basketball africain et le premier joueur drafté directement de la NBA Academy Africa vers la NBA, Ulrich Chomche ne courait pas après la célébrité.
Il ne rêvait pas de salles pleines ni des projecteurs de la NBA. Même dans ses rêves les plus fous, il n’avait jamais imaginé devenir basketteur professionnel.
Pour lui, jouer au basketball n’était pas une histoire de passion. C’était simplement une occasion d’échapper aux tâches ménagères.
Chomche a grandi à Bafang, une ville fraîche et vallonnée de la région de l’Ouest du Cameroun. Le basketball ne faisait pas partie du projet familial. L’éducation était la priorité, et ses parents craignaient que le sport ne le détourne de l’école et ne compromette son avenir.
"Ma famille ne voulait pas que je joue au basketball », se souvient Chomche avec un large sourire. "Ils pensaient que mes notes allaient baisser et que je ne serais plus concentré."
Mais l’histoire a changé lorsqu’un entraîneur investi, Norbert Chenkam, l’a pris sous son aile. Il avait aperçu chez lui un talent brut et la possibilité de le développer jusqu’au plus haut niveau.
Sous la direction du coach Chenkam, Chomche a affiné ses qualités et attiré l’attention. L’accord était simple : si ses résultats scolaires baissaient, il devait arrêter immédiatement le basketball.
Le joueur de 2,11 m a donc appris à concilier le basketball, qui lui permettait d’échapper aux corvées, avec le maintien de résultats corrects à l’école.
Ironiquement, le basketball est devenu davantage un refuge qu’une ambition de carrière.
"Notre maison était toujours pleine. Il y avait tellement de monde, tellement de bruit et tellement de choses à faire", dit-il en riant. "Je restais après l’école juste pour pouvoir jouer au basketball. Je rentrais à la maison quand le ménage était terminé et que le repas était déjà prêt."
Ce qui avait commencé comme une échappatoire allait bientôt devenir son destin.
On frappe à la porte : le déclic
Peu après, un autre entraîneur, Joe Toumou, s’est présenté à la porte de la famille avec une opportunité presque incroyable.
La NBA Academy Africa, au Sénégal, voulait Chomche. Mais ses parents ont immédiatement refusé.
"Ils pensaient que j’allais quelque part pas très loin, comme Douala ou Yaoundé. Mais quand le coach Toumou leur a dit que c’était au Sénégal, ils ont répondu : “Pas question.” "
Les représentants de l’académie n’ont pas renoncé. Ils sont revenus une deuxième fois et ont fini par convaincre la famille.
À seulement 13 ans, Chomche a quitté le Cameroun pour la première fois. Avec le recul, il considère ce moment comme le tournant de sa vie.
"S’il n’y avait pas eu la NBA Academy, je ne pense pas que je serais ici aujourd’hui."
Apprendre le basketball de zéro
Même s’il jouait déjà au Cameroun, Chomche a vite compris qu’il connaissait à peine ce sport.
"Quand je suis arrivé là-bas, je pensais connaître le basketball. Je ne savais rien."
Pour Chomche, la réalité a été brutale. Tout ce qu’il croyait savoir a changé. Il a appris les fondamentaux du basketball depuis la base, l’anglais, la discipline et, surtout, dit-il, il a appris à devenir un homme.
"L’Académie ne m’a pas seulement appris le basketball. Elle m’a appris la vie."
Les entraîneurs sont devenus des mentors et des figures paternelles. Les soirées se passaient à regarder des matchs NBA, à analyser des vidéos et à étudier des joueurs dont il avait à peine entendu parler auparavant.
"Je ne connaissais que LeBron James et Kevin Durant."
Le coach Assane Badji lui a ouvert les portes du grand monde du basketball, en lui expliquant patiemment les joueurs, les systèmes et les détails les plus fins du jeu.
C’était une formation qui allait bien au-delà du terrain. Mais la transition n’a pas été facile.
Venant du climat frais de Bafang, Chomche a été frappé par la chaleur du Sénégal. Il a aussi dû s’adapter à un rythme exigeant, entre les entraînements du matin, les séances de l’après-midi, le travail individuel, les cours d’anglais, les devoirs, puis une dernière séance avant d’aller dormir.
"Ma première année a été vraiment difficile », reconnaît Chomche. « J’ai dû m’adapter rapidement. Certains jours allaient jusqu’à une heure du matin, avant un réveil à 5 heures. Mais quand on aime ce jeu, on s’adapte. Et une fois qu’on s’adapte, on devient meilleur."
Choisir le basketball
Même après son départ au Sénégal, la famille de Chomche n’imaginait pas que le basketball deviendrait son métier. Pour elle, la NBA Academy représentait avant tout un moyen d’accéder gratuitement à une éducation de qualité.
"Ils me répétaient : tu es là pour étudier. Utilise le basketball pour avoir une éducation."
Il les a écoutés. Il a même obtenu son diplôme de fin d’études secondaires en avance après avoir suivi des cours supplémentaires. Mais les choses ont changé lorsque les recruteurs ont commencé à s’intéresser à lui et que son potentiel a commencé à faire parler.
Puis une conversation a tout transformé.
"Nous sommes allés à un tournoi en France et, après une bonne performance, l’un de nos coaches à l’Académie, Alfred Aboya, m’a regardé dans les yeux et m’a dit que si je restais sérieux, je pouvais atteindre la NBA."
Pour la première fois, Chomche s’est autorisé à y croire.
"Je me suis dit : pourquoi pas ? Le basketball peut m’aider à nourrir ma famille et tout changer pour moi."
À partir de ce moment-là, chaque entraînement a eu un sens plus fort. Chaque entraînement matinal comptait et chaque geste répété le rapprochait de son objectif. Ce qu’il considérait auparavant comme une routine est devenue essentiel.
La nouvelle scène africaine
Chomche attribue également une partie de son ascension à une autre initiative majeure : le programme BAL Elevate de la Basketball Africa League. Pour les jeunes talents africains, il a offert une visibilité dont le continent avait longtemps manqué.
"Il n’y avait pas d’autre plateforme où les jeunes joueurs africains pouvaient montrer au monde ce dont nous sommes capables."
"Ma première année à la BAL, j’ai joué avec les FAP du Cameroun. J’ai aimé l’atmosphère, l’environnement, et j’ai saisi chaque opportunité qui s’est présentée."
Un match mémorable contre les Sud-Soudanais de Cobra Sports, lors de la Conférence du Nil 2022, reste l’un de ses meilleurs souvenirs.
Des adversaires auraient affirmé à son ami et camarade de la NBA Academy, Khaman Maluach, qu’ils allaient dunker sur le jeune Camerounais.
Chomche a répondu avec son énergie, son engagement et ses contres, se révélant sur l’une des plus grandes scènes du basketball africain.
Une soirée de Draft sans grand spectacle
À l’approche de la Draft NBA 2024, Chomche pensait que son nom serait appelé. Mais une question revenait sans cesse : à quel moment ?
Plutôt que de s’installer dans la salle de la Draft, entouré de caméras, il est resté chez lui à regarder l’événement. Submergé par un tourbillon d’émotions, il a fini par s’endormir.
"Je ne voulais pas être déçu. Je savais que pendant les séances du combine, j’avais impressionné quelques scouts. Je suis quelqu’un de très ancré dans la foi, donc je savais que j’avais fait ma part et j’ai laissé le reste entre les mains de Dieu."
Puis son téléphone a sonné. Son agent lui a annoncé la nouvelle qui allait changer sa vie : les Toronto Raptors l’avaient sélectionné.
"J’étais tellement heureux. Pour moi, c’était magnifique. J’ai compris que ce qui était un rêve était devenu réalité."
Ce moment a également marqué l’histoire, puisque Chomche est devenu le premier joueur drafté directement de la NBA Academy Africa vers la NBA.
Trouver une famille à Toronto
Arriver à Toronto a eu quelque chose de familier pour Chomche. Avant lui, les Camerounais Pascal Siakam et Christian Koloko avaient déjà porté les couleurs des Raptors.
"C’était comme rentrer à la maison."
Les choses ont été plus faciles pour Chomche, qui a trouvé en Christian Koloko un grand frère et un ami.
Avec Yves Missi, les trois Camerounais évoluant en NBA restent en contact via WhatsApp, Snapchat et Instagram. Ils prennent régulièrement des nouvelles, partagent des moments de rire et se soutiennent.
"Il nous a donné des conseils sur ce qui nous attendait en NBA."
Un autre vétéran africain a également joué un rôle important.
Le pivot angolais Bruno Fernando a accueilli Chomche comme un petit frère, s’entraînant avec lui, lui donnant des conseils et l’aidant à s’adapter à la vie de joueur NBA.
"Bruno a été incroyable. Il a été extrêmement gentil et disponible avec moi. Il m’a tellement bien traité qu’à un moment, j’ai cru qu’il était Camerounais. C’est une personne incroyable en dehors du terrain."
Au-delà du basketball
De l’adolescent qui cherchait à échapper aux corvées à Bafang au joueur qui a marqué l’histoire de la NBA, le parcours d’Ulrich Chomche rappelle que la grandeur ne commence pas toujours par un rêve.
Parfois, elle commence simplement par le besoin de trouver un endroit où jouer. Et parfois, il suffit d’un entraîneur prêt à frapper deux fois à la porte.
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