FIBA Basketball
Yann Bonato, "Envie de découvrir autre chose"
Retiré sur Limoges, Yann Bonato prépare sa deuxième vie loin de la balle orange. Le Cannois, qui parle toujours aussi vrai, garde un œil lucide sur sa belle carrière et sur l'évolution du basket
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Retiré sur Limoges, Yann Bonato prépare sa deuxième vie loin de la balle orange. Le Cannois, qui parle toujours aussi vrai, garde un œil lucide sur sa belle carrière et sur l'évolution du basket.
Sport24.com : Yann, comment se passe votre retraite sportive ?
Yann Bonato : Je suis installé sur Limoges et je prépare mon après-basket. Le projet se finalise et je devrais travailler de nouveau dans quelques mois.
Sport24.com : Quel est ce projet ?
Yann Bonato : Je ne peux pas vous le dire pour l'instant. Déjà, ce n'est pas dans le basket. J'avais envie de changer de domaine et envie de découvrir autre chose.
Sport24.com : Le basket ne vous manque-t-il pas ?
Yann Bonato : Non, je n'ai toujours pas retouché un ballon et le basket ne me manque pas du tout. J'ai eu la chance de vivre de grands moments. La vie est assez courte et j'avais envie de voir autre chose.
Sport24.com : Est-ce que vous suivez toujours le basket français ?
Yann Bonato : Je lis les journaux tous les jours. Mais les acteurs du championnat de France me sont un peu étrangers.
Sport24.com : Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce basket-là ?
Yann Bonato : Je ne me reconnais pas du tout. J'ai eu la chance de vivre un basket avec des valeurs. Je constate une évolution et je ne fais pas partie des vieux cons pour critiquer ou juger. Le championnat est tel qu'il est. Je ne m'y reconnais pas. C'est juste mon point de vue. Je trouve qu'il manque une âme au basket français et de la continuité. Par exemple avant, quand on parlait de Limoges, on pensait directement à des joueurs comme Dacoury, etc… Aujourd'hui il est difficile de savoir quels joueurs jouent dans quelles équipes.
Sport24.com : Est-ce que vous suivez vos anciennes équipes, Antibes, Limoges, Paris, Villeurbanne ? N'est-ce pas malheureux notamment pour les deux premiers ?
Yann Bonato : C'est l'évolution. Nous sommes dans un sport business et il y a eu certaines dérives comme à Antibes et comme à Limoges. Limoges a eu la chance d'être rétrogradé et de voir sa dette épurée. J'espère qu'ils vont revenir, mais nous sommes dans une réalité économique. Il est évident que de voir ces deux clubs à ce niveau-là cela fait mal au cœur.
Sport24.com : N'avez-vous pas envie de revenir dans ces clubs pour les aider à revenir au plus haut niveau ?
Yann Bonato : J'avais des qualités de joueur mais dirigeant ou entraîneur, c'est un autre métier. Je n'ai pas la prétention de dire que je serais un bon dirigeant. Quand on a gagné des titres, c'est aussi parce que nous avions de bons dirigeants et de bons entraîneurs.
Sport24.com : Pensez-vous que le basket français est reconnaissant par rapport aux anciens ?
Yann Bonato : Nous avons eu la chance de vivre de grands moments et d'être des privilégiés. Est-ce qu'on doit nous reconvertir après notre carrière ? Je ne pense pas que ce soit une obligation, même si le jeu devrait appartenir aux sportifs.
Sport24.com : Le basket a pris du retard dans son évolution. Pensez-vous qu'on a bien vendu ce sport ?
Yann Bonato : Avant, nous passions sur des chaînes hertziennes. On passait sur Canal+ à des heures intéressantes. Nous étions devant le rugby. Désormais nous sommes trois siècles derrière. On a forcément mal vendu le basket. C'est un métier de jouer au basket et vendre le basket, c'est aussi un métier et ça on n'a pas su le faire. Nous avons disparu des chaînes nationales, avec tout le respect que j'ai pour TPS. Forcément, ça pose un problème. Quand on n’est plus visible, les sponsors disparaissent. Est ce qu'aujourd'hui on peut rattraper le temps perdu ? Cela me paraît un peu délicat. Il faut se donner les moyens et ne pas faire semblant.
Sport24.com : Est-ce que l'on va dans le bon sens ? Ne perd-on pas les valeurs du maillot qu'il y avait à votre époque…
Yann Bonato : Il y a des avis partagés. C'est ce que je pense, mais je ne suis en aucun cas acteur du basket français et je ne souhaite pas le devenir. Moi, je pense que c'est plus facile d'avoir une image quand on a des personnalités du basket et il faudrait construire sur ça. Aujourd'hui, quels sont les fers de lance des équipes de France ? Je ne peux même pas en citer un par équipe. En NBA, je sais qu'à San Antonio, il y a Tim Duncan ou Tony Parker. Dans les autres équipes, je connais les têtes d'affiches. Je sais qui je vais voir jouer. Je sais qui me fait rêver. En France, je ne sais pas.
Sport24.com : Avec du recul, quel souvenir gardez-vous de votre carrière ?
Yann Bonato : Je suis très fière de ma carrière. Avec un physique limité, mais avec un gros mental, j'ai réussi à faire un bon parcours. Je suis très content de l'évolution de ma carrière qu'elle soit individuelle ou collective. Je n'ai vraiment pas de regrets.
Sport24.com : Si vous deviez revivre une saison, un match ou même un entraînement, quels seraient-ils ?
Yann Bonato : L'année 2000 avec Limoges a été magique. Il y avait un groupe de huit Français et deux Américains très soudés. Nous avons eu beaucoup de souffrances, mais nous avons réussi une très bonne saison avec le triplé. Et humainement, c'était une grande aventure. Il y avait une telle communion avec le public. Je pourrais revivre les trois derniers mois qui n'ont aucun prix dans ma carrière sportive et en tant qu'homme. J'avais touché du doigt le rêve au niveau du partage et de l'émotion. C'était l'aboutissement d'une construction de carrière. Après avoir vécu cela, le reste n'avait plus la même saveur.
Sport24.com : Et si vous deviez retenir un coéquipier ?
Yann Bonato : Je vais en nommer deux pour des raisons différentes. David Frigout qui est aujourd'hui un ami. L'un des rares qui me reste. Et en tant que joueur, Marcus Brown. L'Américain qui est humainement extraordinaire et c'est le plus grand basketteur avec qui j'ai joué.
Sport24.com : Aujourd'hui, il ne reste pas beaucoup de basketteurs qui vous entourent…
Yann Bonato : Vous savez, quand on tourne la page... J'ai encore des relations avec certains, mais c'est assez rare. Cela fait partie du jeu. Il ne faut pas se cacher derrière une fraternité… C'est du sport, du spectacle, des paillettes, c'est comme les médias, c'est très superficiel.
Sport24.com : Quel est le meilleur cinq majeurs avec qui vous avez joué ?
Yann Bonato : L'équipe de Limoges n'était pas la plus forte sur le papier, mais après le triplé, on était difficile à toucher. En Equipe de France, il faut dire qu'on a eu quelques cinq sympathiques. Aux J.O, il y avait une génération qui arrivait à maturité avec Rigaudeau, Sciarra, Foirest, Risacher, Bilba… La génération 71-72-73. C'était bien de concrétiser tout se talent par une médaille. C'était un état d'esprit, un style de vie, de jeu. On était une marque déposée…
Sport24.com : Quel est le plus mauvais basketteur avec qui vous avez joué ?
Yann Bonato : Non, c'est vilain. Il ne faut pas tirer des boulets. Il y a eu des mauvais, mais bon, quand on fait l'effort de s'entraîner quatre heures par jour... Non, c'est vilain de tirer des boulets maintenant que c'est fini (Rires). Il y en a eu, mais ca ne sert à rien de les citer.
Sport24.com : Et des basketteurs que vous n'aimiez pas du tout ?
Yann Bonato : Il y en a eu, mais c'était plus humainement. Je ne vais pas leur faire de publicité.
Sport24.com : Avez-vous des anecdotes ?
Yann Bonato : Il y en a pleins. Chaque jour, il y en avait une. Entre les tensions, les conflits et trouver des solutions… Des histoires il y en a énormément. Mais bon… Ce qui me dérange le plus quand je lis un article, tout le monde dit «le président, il est gentil», «les gens sont sympas», «j'aime mon maillot» et six mois après, le gars, il est transféré. Cela ne veut plus rien dire. Cela devient insipide. Je ne sais pas si cela devient économique, mais tout le monde veut protéger son bifteck et gagner ses petits sous donc tout le monde a un discours préétabli et de complaisance. Et un peu hypocrite. Le problème, c'est qu'on n'incite pas le caractère car dès qu'il a un autre discours, il est montré du doigt comme ingérable, caractériel… Donc vive les moutons ! Mais ce n'est pas les moutons qui vont faire gagner des titres. Aujourd'hui, j'ai l'impression que tout le monde aimerait avoir dix moutons dans son équipe. Tout le monde veut des moutons car c'est facile à gérer… Mais ça ne gagne rien.
Sport24.com : Quels souvenirs pensez-vous avoir laissé aux gens ?
Yann Bonato : Au début, j'avais un peu l'image de Cantona, d'un mec caractériel. Cette image, qui était justifiée, prenait le pas un peu sur mes performances. Il est difficile de changer d'image et j'ai eu la chance d'avoir une deuxième chance de laisser une autre marque lorsqu'on s'est battu avec Limoges. Ce qui était bien, c'est que ca correspondait à ma propre évolution. Au bout d'un moment, cela devenait pesant d'être jugé sur un caractère que j'avais lorsque j'avais 22 ans. C'était bien d'être jugé sur ce que j'étais devenu. Il y a eu l'avant Limoges et l'après-limoges. J'espère qu'on se souvient de moi comme un battant qui a eu la chance de gagner quelques titres.
Sport24.com : Vous avez commencé le basket grâce à votre père. Le basket pour vous c'était comme apprendre à marcher, c'était naturel…
Yann Bonato : Je ne me souviens pas d'avoir un jour pris la décision de jouer au basket. J'ai toujours joué. J'ai grandi sur les terrains. Je n'ai pas eu de déclic, je suis pratiquement né sur un terrain. J'ai eu la chance que mon père m'apporte son vécu et son expérience.
Sport24.com : Vous avez fait vos premiers pas dans la salle Salusse Santoni à Antibes. Quel souvenir vous en gardez-vous ?
Yann Bonato : C'est extraordinaire. Ce basket-là, c'est le meilleur. Je me souviens des tournois l'été. J'ai eu une enfance dorée. Ce sont vraiment de très bons souvenirs avec des éducateurs, des parents qui vous suivent. C'est enrichissant de se retrouver dans une équipe et de se battre en groupe.
Sport24.com : Etes-vous encore attaché à la Côte d'Azur ?
Yann Bonato : Oui, j'ai de très bons souvenirs. Mes parents vivent encore à Antibes. J'apprécie beaucoup la région, même si je vis à Limoges où je me sens mieux affectivement. La région est magnifique, mais un peu superficiel. Moi, je connais les vrais antibois, ce qui se sont créés un avenir en bossant, ce sont des gens carrés. Les gens qui ont grandi là-bas ne sont pas superficiels, mais ce qui viennent acheter la mer, le soleil et qui oublient de dire bonjour et merci… Ils peuvent gâcher le paysage.
Sport24.com : Les deux années passées à Antibes sont-elles de bonnes années ?
Yann Bonato : C'était mes débuts, on va dire mes premières années. Il y a eu un peu de souffrance. Des fois, il y a eu un peu de conflits avec le grand Jacquot (Monclar), qui était dur avec les jeunes et moi j'avais envie de jouer de suite. La première année a été un peu dure, la deuxième année s'était bien passée. J'étais heureux de jouer dans ma ville, cela me faisait plaisir de commencer ma carrière à Antibes. Je pensais rester plus longtemps, mais j'avais envie de griller les étapes donc je suis monté à Paris pour être titulaire.
Sport24.com : En fin de carrière, pourquoi ne pas être revenu à Antibes ?
Yann Bonato : Parce que mon cœur est à Limoges. Ce que j'ai reçu ici, je le respecte. Je ne pensais pas qu'on pouvait autant recevoir.
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Retiré sur Limoges, Yann Bonato prépare sa deuxième vie loin de la balle orange. Le Cannois, qui parle toujours aussi vrai, garde un œil lucide sur sa belle carrière et sur l'évolution du basket.
Sport24.com : Yann, comment se passe votre retraite sportive ?
Yann Bonato : Je suis installé sur Limoges et je prépare mon après-basket. Le projet se finalise et je devrais travailler de nouveau dans quelques mois.
Sport24.com : Quel est ce projet ?
Yann Bonato : Je ne peux pas vous le dire pour l'instant. Déjà, ce n'est pas dans le basket. J'avais envie de changer de domaine et envie de découvrir autre chose.
Sport24.com : Le basket ne vous manque-t-il pas ?
Yann Bonato : Non, je n'ai toujours pas retouché un ballon et le basket ne me manque pas du tout. J'ai eu la chance de vivre de grands moments. La vie est assez courte et j'avais envie de voir autre chose.
Sport24.com : Est-ce que vous suivez toujours le basket français ?
Yann Bonato : Je lis les journaux tous les jours. Mais les acteurs du championnat de France me sont un peu étrangers.
Sport24.com : Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce basket-là ?
Yann Bonato : Je ne me reconnais pas du tout. J'ai eu la chance de vivre un basket avec des valeurs. Je constate une évolution et je ne fais pas partie des vieux cons pour critiquer ou juger. Le championnat est tel qu'il est. Je ne m'y reconnais pas. C'est juste mon point de vue. Je trouve qu'il manque une âme au basket français et de la continuité. Par exemple avant, quand on parlait de Limoges, on pensait directement à des joueurs comme Dacoury, etc… Aujourd'hui il est difficile de savoir quels joueurs jouent dans quelles équipes.
Sport24.com : Est-ce que vous suivez vos anciennes équipes, Antibes, Limoges, Paris, Villeurbanne ? N'est-ce pas malheureux notamment pour les deux premiers ?
Yann Bonato : C'est l'évolution. Nous sommes dans un sport business et il y a eu certaines dérives comme à Antibes et comme à Limoges. Limoges a eu la chance d'être rétrogradé et de voir sa dette épurée. J'espère qu'ils vont revenir, mais nous sommes dans une réalité économique. Il est évident que de voir ces deux clubs à ce niveau-là cela fait mal au cœur.
Sport24.com : N'avez-vous pas envie de revenir dans ces clubs pour les aider à revenir au plus haut niveau ?
Yann Bonato : J'avais des qualités de joueur mais dirigeant ou entraîneur, c'est un autre métier. Je n'ai pas la prétention de dire que je serais un bon dirigeant. Quand on a gagné des titres, c'est aussi parce que nous avions de bons dirigeants et de bons entraîneurs.
Sport24.com : Pensez-vous que le basket français est reconnaissant par rapport aux anciens ?
Yann Bonato : Nous avons eu la chance de vivre de grands moments et d'être des privilégiés. Est-ce qu'on doit nous reconvertir après notre carrière ? Je ne pense pas que ce soit une obligation, même si le jeu devrait appartenir aux sportifs.
Sport24.com : Le basket a pris du retard dans son évolution. Pensez-vous qu'on a bien vendu ce sport ?
Yann Bonato : Avant, nous passions sur des chaînes hertziennes. On passait sur Canal+ à des heures intéressantes. Nous étions devant le rugby. Désormais nous sommes trois siècles derrière. On a forcément mal vendu le basket. C'est un métier de jouer au basket et vendre le basket, c'est aussi un métier et ça on n'a pas su le faire. Nous avons disparu des chaînes nationales, avec tout le respect que j'ai pour TPS. Forcément, ça pose un problème. Quand on n’est plus visible, les sponsors disparaissent. Est ce qu'aujourd'hui on peut rattraper le temps perdu ? Cela me paraît un peu délicat. Il faut se donner les moyens et ne pas faire semblant.
Sport24.com : Est-ce que l'on va dans le bon sens ? Ne perd-on pas les valeurs du maillot qu'il y avait à votre époque…
Yann Bonato : Il y a des avis partagés. C'est ce que je pense, mais je ne suis en aucun cas acteur du basket français et je ne souhaite pas le devenir. Moi, je pense que c'est plus facile d'avoir une image quand on a des personnalités du basket et il faudrait construire sur ça. Aujourd'hui, quels sont les fers de lance des équipes de France ? Je ne peux même pas en citer un par équipe. En NBA, je sais qu'à San Antonio, il y a Tim Duncan ou Tony Parker. Dans les autres équipes, je connais les têtes d'affiches. Je sais qui je vais voir jouer. Je sais qui me fait rêver. En France, je ne sais pas.
Sport24.com : Avec du recul, quel souvenir gardez-vous de votre carrière ?
Yann Bonato : Je suis très fière de ma carrière. Avec un physique limité, mais avec un gros mental, j'ai réussi à faire un bon parcours. Je suis très content de l'évolution de ma carrière qu'elle soit individuelle ou collective. Je n'ai vraiment pas de regrets.
Sport24.com : Si vous deviez revivre une saison, un match ou même un entraînement, quels seraient-ils ?
Yann Bonato : L'année 2000 avec Limoges a été magique. Il y avait un groupe de huit Français et deux Américains très soudés. Nous avons eu beaucoup de souffrances, mais nous avons réussi une très bonne saison avec le triplé. Et humainement, c'était une grande aventure. Il y avait une telle communion avec le public. Je pourrais revivre les trois derniers mois qui n'ont aucun prix dans ma carrière sportive et en tant qu'homme. J'avais touché du doigt le rêve au niveau du partage et de l'émotion. C'était l'aboutissement d'une construction de carrière. Après avoir vécu cela, le reste n'avait plus la même saveur.
Sport24.com : Et si vous deviez retenir un coéquipier ?
Yann Bonato : Je vais en nommer deux pour des raisons différentes. David Frigout qui est aujourd'hui un ami. L'un des rares qui me reste. Et en tant que joueur, Marcus Brown. L'Américain qui est humainement extraordinaire et c'est le plus grand basketteur avec qui j'ai joué.
Sport24.com : Aujourd'hui, il ne reste pas beaucoup de basketteurs qui vous entourent…
Yann Bonato : Vous savez, quand on tourne la page... J'ai encore des relations avec certains, mais c'est assez rare. Cela fait partie du jeu. Il ne faut pas se cacher derrière une fraternité… C'est du sport, du spectacle, des paillettes, c'est comme les médias, c'est très superficiel.
Sport24.com : Quel est le meilleur cinq majeurs avec qui vous avez joué ?
Yann Bonato : L'équipe de Limoges n'était pas la plus forte sur le papier, mais après le triplé, on était difficile à toucher. En Equipe de France, il faut dire qu'on a eu quelques cinq sympathiques. Aux J.O, il y avait une génération qui arrivait à maturité avec Rigaudeau, Sciarra, Foirest, Risacher, Bilba… La génération 71-72-73. C'était bien de concrétiser tout se talent par une médaille. C'était un état d'esprit, un style de vie, de jeu. On était une marque déposée…
Sport24.com : Quel est le plus mauvais basketteur avec qui vous avez joué ?
Yann Bonato : Non, c'est vilain. Il ne faut pas tirer des boulets. Il y a eu des mauvais, mais bon, quand on fait l'effort de s'entraîner quatre heures par jour... Non, c'est vilain de tirer des boulets maintenant que c'est fini (Rires). Il y en a eu, mais ca ne sert à rien de les citer.
Sport24.com : Et des basketteurs que vous n'aimiez pas du tout ?
Yann Bonato : Il y en a eu, mais c'était plus humainement. Je ne vais pas leur faire de publicité.
Sport24.com : Avez-vous des anecdotes ?
Yann Bonato : Il y en a pleins. Chaque jour, il y en avait une. Entre les tensions, les conflits et trouver des solutions… Des histoires il y en a énormément. Mais bon… Ce qui me dérange le plus quand je lis un article, tout le monde dit «le président, il est gentil», «les gens sont sympas», «j'aime mon maillot» et six mois après, le gars, il est transféré. Cela ne veut plus rien dire. Cela devient insipide. Je ne sais pas si cela devient économique, mais tout le monde veut protéger son bifteck et gagner ses petits sous donc tout le monde a un discours préétabli et de complaisance. Et un peu hypocrite. Le problème, c'est qu'on n'incite pas le caractère car dès qu'il a un autre discours, il est montré du doigt comme ingérable, caractériel… Donc vive les moutons ! Mais ce n'est pas les moutons qui vont faire gagner des titres. Aujourd'hui, j'ai l'impression que tout le monde aimerait avoir dix moutons dans son équipe. Tout le monde veut des moutons car c'est facile à gérer… Mais ça ne gagne rien.
Sport24.com : Quels souvenirs pensez-vous avoir laissé aux gens ?
Yann Bonato : Au début, j'avais un peu l'image de Cantona, d'un mec caractériel. Cette image, qui était justifiée, prenait le pas un peu sur mes performances. Il est difficile de changer d'image et j'ai eu la chance d'avoir une deuxième chance de laisser une autre marque lorsqu'on s'est battu avec Limoges. Ce qui était bien, c'est que ca correspondait à ma propre évolution. Au bout d'un moment, cela devenait pesant d'être jugé sur un caractère que j'avais lorsque j'avais 22 ans. C'était bien d'être jugé sur ce que j'étais devenu. Il y a eu l'avant Limoges et l'après-limoges. J'espère qu'on se souvient de moi comme un battant qui a eu la chance de gagner quelques titres.
Sport24.com : Vous avez commencé le basket grâce à votre père. Le basket pour vous c'était comme apprendre à marcher, c'était naturel…
Yann Bonato : Je ne me souviens pas d'avoir un jour pris la décision de jouer au basket. J'ai toujours joué. J'ai grandi sur les terrains. Je n'ai pas eu de déclic, je suis pratiquement né sur un terrain. J'ai eu la chance que mon père m'apporte son vécu et son expérience.
Sport24.com : Vous avez fait vos premiers pas dans la salle Salusse Santoni à Antibes. Quel souvenir vous en gardez-vous ?
Yann Bonato : C'est extraordinaire. Ce basket-là, c'est le meilleur. Je me souviens des tournois l'été. J'ai eu une enfance dorée. Ce sont vraiment de très bons souvenirs avec des éducateurs, des parents qui vous suivent. C'est enrichissant de se retrouver dans une équipe et de se battre en groupe.
Sport24.com : Etes-vous encore attaché à la Côte d'Azur ?
Yann Bonato : Oui, j'ai de très bons souvenirs. Mes parents vivent encore à Antibes. J'apprécie beaucoup la région, même si je vis à Limoges où je me sens mieux affectivement. La région est magnifique, mais un peu superficiel. Moi, je connais les vrais antibois, ce qui se sont créés un avenir en bossant, ce sont des gens carrés. Les gens qui ont grandi là-bas ne sont pas superficiels, mais ce qui viennent acheter la mer, le soleil et qui oublient de dire bonjour et merci… Ils peuvent gâcher le paysage.
Sport24.com : Les deux années passées à Antibes sont-elles de bonnes années ?
Yann Bonato : C'était mes débuts, on va dire mes premières années. Il y a eu un peu de souffrance. Des fois, il y a eu un peu de conflits avec le grand Jacquot (Monclar), qui était dur avec les jeunes et moi j'avais envie de jouer de suite. La première année a été un peu dure, la deuxième année s'était bien passée. J'étais heureux de jouer dans ma ville, cela me faisait plaisir de commencer ma carrière à Antibes. Je pensais rester plus longtemps, mais j'avais envie de griller les étapes donc je suis monté à Paris pour être titulaire.
Sport24.com : En fin de carrière, pourquoi ne pas être revenu à Antibes ?
Yann Bonato : Parce que mon cœur est à Limoges. Ce que j'ai reçu ici, je le respecte. Je ne pensais pas qu'on pouvait autant recevoir.